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vendredi 6 février 2009

Petit séjour sur l'île de Pâques

Retour de vacances, mémoire, séminaires, exposés, nombreuses fins d'expositions ... Janvier ne fut pas propice aux critiques (même si je suis allée visiter Emil Nolde, Nikolaï Abildgaard) mais "L'oeil à l'oeuvre" continue en 2009, et je commencerai cette année par un article sur une exposition consacrée à la civilisation océanique "Rapa Nui, l'île de Pâques" en ce moment et jusqu'au 1er mars à l'Espace Fondation EDF.

Organisée sur trois petits niveaux l'exposition amène le visiteur à découvrir progressivement l'île de Pâques et les hommes qui y vivent, les objets qu'ils produisent, leurs croyances, leur écriture et leur histoire.

Dans un premier temps nous prenons connaissance des lieux. Sont expliqués géographie, géologie, faune et flore de l'île de Pâques, la terre peuplée la plus isolée de la planète. En effet, plus de 2 000 km séparent la première île Polynésienne de cette petite terre dont la formation est due à la proximité de trois volcans océaniques. À peine plus grande en superficie que la ville de Paris, l'île de Pâques ne fut habitée qu'à partir de l'an Mil de notre ère, suite à l'arrivée de courageux navigateurs Polynésiens (venus semble-t-il des Marquises).
Nous découvrons ces hommes, leur alimentation (de la pêche aux plants apportés en bateaux depuis leur région d'origine), la hiérarchie de leur société ainsi que leurs croyances. Comme en Polynésie, on célèbre les ancêtres et des Dieux à travers des chants, danses, manipulations d'objets cultuels, lors de cérémonies où l'on porte des vêtements décorés de plumes. L'art corporel des tatouages, à la fois rituel et ornemental nous est rappelé à travers des photographies contemporaines et des dessins de Pierre Loti.
Après la prospérité des premiers siècles d'installation, une catastrophe naturelle décime la forêt de l'île au cours du XVIIe siècle. Un siècle après à peine, la tragique arrivée des navigateurs hollandais - en 1722 le jour de Pâques-, puis l'esclavage, les épidémies et les missions évangéliques marquent l'anéantissement de la culture Rapa Nui. Culture riche, dont les traces matérielles témoignent: rares peintures rupestres, rochers sculptés, assemblages de plumes, sculptures de pierre ou de bois.
La production sculptée, qui ne se réduit pas aux monumentaux Moai de pierre aux visages graves et muets, privilégie très largement la représentation anthropomorphe ou hybride. Les pascuans sculptent dans un bois brun rouge sombre, dense et brillant, le sophora, une multitude de personnages, d'entités spirituelles, ancêtres ou divinités. Il s'agit tantôt d'hommes ou de femmes d'âge moyen, les moai tangata, tantôt de personnages "aux côtes saillantes" les moai kavakava, , ou encore de représentations chimériques telles que l'homme-lézard, moai moko, ou le moai manu, l'homme-oiseau. Seules les têtes de ces personnages aux longues oreilles, sourcils continus en arêtes de poisson, yeux ronds incrustés, bouche ourlée et crâne incisé d'une pieuvre ou d'une tête barbue, sont parfois représentées sur des bâtons rituels (au) ou ornements pectoraux en demi lune (reimiro).
Le raffinement, la précision et la fluidité des formes sculptées se retrouvent dans les signes souples et comme aquatiques de leur écriture. Les pascuans avaient en effet mis au point une écriture composée de milliers de signes qu'ils incisaient sur des tablettes de bois. Cette épigraphie dite rongorongo demeure indéchiffrée. Son sens de lecture est complexe: on lit de bas en haut et de gauche à droite, chaque ligne étant inversée par rapport à la précédente (il faut donc lire en tournant la plaquette à chaque fin de ligne).

Petite, claire, pédagogique et dépaysante, cette petite exposition dont les commisaires sont deux époux chercheurs et anthropologues au CNRS (Michel et Catherine Orliac), est organisée par la Fondation EDF Diversiterre. Elle est par ailleurs gratuite... je ne vois donc aucune bonne raison de ne pas s'y promener.

20 novembre 2008 – 1er mars 2009
cliquer ici pour le site de l'expo.

vendredi 21 novembre 2008

Celtes et scandinaves au musée du moyen-âge

Loin des images austères ou glorieuses du christianisme auquel nous sommes habitués, le premier art chrétien — qu'il soit romain, copte, gaulois ou celte— m'a plu dès que j'ai fait sa connaissance. J'aime la virtuosité (décorative et païenne) qui se mêle à la maladresse (la figure humaine nouvellement arrivée avec le Christianisme n'est pas encore bien assimilée) pour donner naissance à un art un peu chaotique de mélanges ludiques et inattendus.

Ce moment de "christianisation" est jusqu'en janvier à l'honneur dans les deux première salles du musée de Cluny, à travers l'exposition "Celtes et Scandinaves: rencontres artistiques VIIe-XIIe". À travers deux salles et un parcours simple et efficace (mais trop rapide, c'est plus une évocation qu'une exposition!) le musée de cluny propose au visiteur de découvrir la production artistique de ces régions nordiques peu connues: une première salle est consacrée aux objets Britanniques, Écossais et Irlandais, une seconde à ceux du Danemark, de Norvège et de Suède (on remarque d'ailleurs la générosité en matière de prêts de la part du Musée de Stockholm).
Évangélisés très progressivement (au Ve siècle par Saint Patrick en Irlande, au XIe par Saint Olaf pour la Norvège, au XIIe siècle pour la Suède), les royaumes barbares des celtes et scandinaves (ceux qu'on appelle Vickings entre le IXe et le XIe siècle) adaptent à leurs techniques artisanales et artistiques traditionnelles la nouvelle iconographie de la religion chrétienne. L'orfèvrerie, l'enluminure, la sculpture sur pierre ou sur bois présentent à chaque fois à différents degrés le syncrétisme entre la culture païenne et la culture chrétienne, entre assimilation, remploi, cohabitation, juxtaposition. Ainsi, en Irlande les enluminures monastiques mêlent habilement Christ en Gloire et décor d'entrelacs, en Écosse les croix de Granit sont sculptées en méplat de figures naïves dont le sens prime sur la forme et les proportions, et la virtuosité de l'orfèvrerie se met au service de petites croix-pendentifs et autres reliquaires précieux.

Dépaysant, frais, mal connu, l'art celte et surtout scandinave aurait mérité qu'on s'y attarde un peu plus, mais cette petite évocation est plutôt bien faite et se parcourt avec plaisir.

Infos pratiques et Dossier de Presse:
www.rmn.fr/Celtes-et-Scandinaves http://www.presse.rmn.fr/phpmyimages/public/image.php?ev_id=158

Photo:
[1] Valkyrie, Statens historiska museum Stockolm, ©Statens historiska museum, Stockholm/Christer Åhlin, Suède, Xe siècle, argent
[2] Fibule, VIIIe siècle, National Museum of Scotland ©Courtesy of the Trustees of the National, Museums of Scotland
[3] Fragment de croix de Momifieth National Museums of Scotland Edimbourg, Ecosse ©Courtesy of the Trustees of the National Museums of Scotland, Ecosse, XIe-Xe siècle

samedi 29 mars 2008

Ambitieuse Babylone

L'autre jour j'évoquais le monstre Babylone au musée du Louvre, alors que je ne l'avais pas encore visité. Je l'ai fait hier soir, en nocturnes (l'horaire ne nous a pas empêchés de prendre un bain de foule digne d'un samedi à 16h).


Extrêmement ambitieuse, beaucoup trop à mon sens, la problématique aurait mérité d'être traitée en deux expositions différentes (une dans l'espace Sully et une autre dans Richelieu, dans le cadre d'une exposition dossier par exemple) comme ça avait été le cas pour l'Iran Safavides (Le Chant du Monde) et la Collection Aga Khan au début de la saison. En effet, l'exposition s'efforce de répondre à la question: comment comprendre Babylone entre la réalité (archéologique) et le mythe (chrétien, humaniste, positiviste, romantique) auquel elle a donné naissance? L'exposition, très longue, comporte donc deux parties.

La première partie, sur la Babylone historique, connue par les textes et les objets issus des fouilles, couvre une immense période d'environ 2000 ans (du roi sumérien Gudéa au Grec Alexandre Le Grand, en passant par Hammourabi et Nabuchodonosor II). Elle expose beaucoup trop de petits objets, expliqués par des cartels tout aussi minuscules et bas, et dont la plupart sont la traduction et l'analyse des dizaines de plaquettes cunéiformes placées au-dessus. Autant dire qu'au bout de 4 tablettes on est déjà fatigué et on préfère voir autre chose, comme les stèles commémoratives, les kudurru ou le code d'Hammourabi, plus grands et plus attrayants que les tablettes...


La seconde partie, sur la Babylone mythique, parcourt une dizaine de siècles, et nous montre au moyen d'enluminures, gravures, peintures, croquis, plans etc., l'évolution du mythe Babylonien. On commence avec le Moyen-Âge (la fascination pour les jardins suspendus), puis on continue avec la Rennaissance: aux Pays Bas, dans le contexte de la Réforme, on condamne la Tour de Babel (allégorie de la vanité humaine) par des peintures dramatiques, en Italie et en France Baylone est le prétexte aux représentations d'une archéologie fantaisiste. Suivent les très scientifiques XVIIe et XVIIIe siècles, avec les considérations savantes des jésuites sur la Tour (pourquoi elle ne pouvait pas tenir debout!!) et l'assimilation de Babylone au Phalanstère ou à la Ville idéale par les Lumières. On arrive enfin au XIXe siècle, où le mythe Babylonien devient romantique puis décadent (à voir: le tableau pompier de Rochegrosse qui représente une Babylone décadente et rose bonbon, une orgie kitsch!) avant d'être reconsidéré suite aux découvertes archéologiques dans les années 1850 (et là on retrouve l'archéologie, et l'objet: la boucle est bouclée, OUF!). Ce second volet, très littéraire, est intéressant et inédit mais desservi par la surabondance d'informations et son manque de visibilité...

Par conséquent, l'exposition n'est pas à la hauteur du propos. Trop élitiste et surtout très mal organisée d'un point de vue muséographique — pas de fauteuils, cartels minuscules, murs sombres et aux couleurs ignobles (vert sapin, mauve terne, kaki), textes petits sur de grands murs vides... tout y passe —, elle ne parvient pas à captiver le visiteur malgré un sujet vraiment passionnant.

mercredi 26 mars 2008

Luristan

Petit contrepoint à l'exposition évènement Babylone qui se tient en ce moment au Musée du Louvre, le Musée Cernuschi — Musée des Arts Asiatiques de la Ville de Paris — présente un autre aspect du Proche Orient Ancien avec son exposition Bronzes du Luristan, Énigmes de l'Iran ancien (IIIe-Ie millénaire avant notre ère). C'est la première fois qu'une exposition s'attache exclusivement à ce sujet, peu connu, qu'est la production d'objets métalliques dans l'Ouest de l'Iran avant notre ère. Sans grande originalité (la muséographie est sobre et efficace) mais avec beaucoup de simplicité et de "pédagogie" (j'aime pas trop dire ça...) l'exposition suit un parcours chronologique et met l'accent sur l'esthétique des objets, l'évolution de leur style et leur iconographie mystérieuse (!). Sont présentés plus de 200 objets (issus de collections publiques ou privées): heurtoirs, haches rituelles, épingles etc., en forme de personnages et animaux hybrides assez incroyables: ailés, cornus, crochus, bicéphales...
La rareté du sujet dans les musées, la qualité des objets exposés et la clarté du discours... tout ça fait une exposition à visiter. J'ai beaucoup aimé!

www.cernuschi.paris.fr/