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mardi 13 octobre 2009

La subversion des images - visions surréalistes

Je suis allée il y a quelques jours déjà au Centre George Pompidou visiter l'exposition "La subversion des images" et je pense que je vais retourner y faire un tour avant sa fermeture le 11 janvier 2010, tellement j'ai aimé m'y promener!

"La subversion des images" présente une vaste sélection des plus belles épreuves des photographes surréalistes Man Ray, Hans Bellmer, Claude Cahun, Raoul Ubac, Jacques-André Boiffard, Maurice Tabard, Brassaï etc. L'exposition révèle aussi des corpus méconnus de collages d'artistes renommés comme Paul Eluard, André Breton, Antonin Artaud ou Georges Hugnet, des jeux photographiques de Léo Malet ou Victor Brauner. Enfin, des personnalités moins connues comme celles d'Artür Harfaux ou Benjamin Fondane sont mises en lumière.

L'exposition s'organise selon un angle thématique qui explore en 9 salles les multiples façons avec lesquelles les artistes surréalistes explorent les possibilités techniques et esthétiques de la photographie, des photomatons ou portraits, aux images mises en scènes, retouchées, découpées, collées, déformées, colorées etc. Une petite série de films et de courts-métrages réalisés par des artistes surréalistes (souvent aussi photographes), comme Luís Buñuel, Man Ray ou Germaine Dulac, complète le discours sur la subverson de la réalité.
Nous sont révélés à la fois l'incroyable créativité des artistes surréalistes, leur humour, leur plaisir de jouer avec les images, et les nombreux usages de ces épreuves : publications dans les revues ou les livres d'artistes, publicités, collections d'images, fascination pour le document brut, photomatons, photographies de groupe.

Bien qu'elle ne présente que des oeuvres en noir et blanc (parfois certains collages sont rehaussés de couleur mais l'univers photographique du début du XXe est en noir et blanc), l'exposition réussit à ne jamais fatiguer le regard du visiteur. D'une part, les oeuvres les plus petites sont accrochées au début du parcours, l'accrochage s'éclaircit au fil de la visite. D'autre part, la scénographie très sobre — un simple fil rouge horizontal orne les cimaises simplement blanches — serre magnifiquement les œuvres.

Les photos sont chacunes des petits univers délirants, inventifs, déroutants, drôles, poétiques, oniriques... La fièvre créatrice des avants-gardes est palpable. L'envie de jouer avec les images et le second degré permanent créent un enthousiasme communicatif. On sort avec l'envie de regarder le monde autrement, de le réinventer avec notre colle et nos ciseaux.

Jusqu'au 11 janvier 2010
Infos ici

1- Brassaï, Magique-circonstancielle / 1931 / Photographie publiée dans Minotaure, n°5, 1934 / Grand format / ©Centre Pompidou, Musée national d’art moderne, Paris
2- Man Ray, Le Violon d'Ingres, 1924 Epreuve gélatino-argentique montée sur papier/ 31 x 24,7 cm (hors marge : 28,2 x 22,5 cm)/ © Centre Pompidou, Musée national d’art moderne, Paris
3- Dora Maar, Pierre Kefer, Étude publicitaire pour Pétrole Hahn, vers 1934/ Négatif gélatino-argentique original sur plaque de verre, 9 x 13 cm/ Centre Pompidou, Musée national d’art moderne, Paris

samedi 21 février 2009

Giorgio de Chirico

Le Musée d'Art Moderne de la ville de Paris présente actuellement une rétrospective de l'oeuvre de Giorgio de Chirico (1888-1978) "Giorgio de Chirico: la fabrique des rêves". Peintre italien d'origine grecque, partagé entre Rome, Florence et Paris, de Chirico appartient sans conteste à la première moitié du XXe siècle. Comme ses contemporains, il s'interroge dans les années 1910 sur le devenir de la société industrielle, explore l'absurde et le rêve pendant la Première Guerre, avant d'opérer un "retour à l'ordre" dans les années 1930-1940, en regardant les oeuvres du passé.

Les premières oeuvres exposées sont des portraits, peints dans les premières années du siècle. Ils sont peints à mi-corps, de trois quart ou de profil, sur des fonds neutres. Une margelle au premier plan crée la distance avec le spectateur. On comprend dès l'entrée le poids de la culture italienne de Giorgio de Chirico. Il peint ici selon l'exact schéma traditionnel du portrait de la première renaissance, celle des Antonello da Messine, Pisanello, Piero Della Francesca.
Les années 1910-1915. voient l'explosion de la singularité de Giorgio de Chirico. Prémices de la création en 1915 avec Carrà du mouvement "La Metafisica", les peintures de Chirico sont des images immobiles, des représentations de villes désertes et silencieuses, déshumanisées. L'artiste mène une réflexion sur l'homme et son devenir dans la société industrielle du XXe siècle. La figure humaine est presque oubliée, elle est un pantin, un mannequin de bois sans visage, une ombre, lorsqu'elle n'a pas disparu du tableau. Les seuls personnages sont des statues. Résurgences d'une antiquité imperturbable et indestructible, ces hommes ou femmes de marbre blanc semblent méditer, la tête appuyée sur leur main, sur la condition de l'homme moderne. Le décor d'architecture est minimaliste, froid. Les constructions, des usines, des gares et des "immeubles" intemporels, lisses et clairs, sont animés par des voûtes en plein cintre, souvenir étrange des principes antiques et renaissants de l'architecture italienne: la géométrie et l'équilibre, l'utilisation du carré comme module de construction. Cette modernité apparemment parfaite ne l'est pas tant que ça, elle commence même à se fissurer, comme en témoignent quelques légères fentes sur les crépis blancs.
En 1911 de Chirico s'est installé à Paris. Lié d'amitié avec Guillaume Apollinaire, il s'est rapproché des surréalistes et ses oeuvres, à la perspective géométrique rigide, au coloris froid et acide, forment des images oniriques et inquiétantes qui ne sont pas sans évoquer celles contemporaines de Max Ersnt.
Autonome, de Chirico affirme sa peinture métaphysique, entre surréalisme et obsession pour l'art classique: les figures de l'antiquité gréco-romaine, les sujets mythologiques sont en effet de plus en plus récurrents ("Hector et Andromaque"). Dans le tableau "Archéologie" (1927) les deux personnages assis, des mannequins drapés à l'Antique, semblent anéantis sous le poids d'une antiquité à la fois nécessaire et trop présente, comme un écho aux campagnes de fouilles fascistes menées à Rome dans ces mêmes années, dans un but de glorification nationaliste.

Le travail des années 1930, narratif et absurde, soigneusement peint dans un style presque naïf, fait songer au surréalisme tardif de Magritte, notamment avec la série des "Bains mystérieux".
Les années 1940 et suivantes, que de Chirico passe entre Rome et Florence, se partagent en deux grandes tendances: un travail d'après des oeuvres de grands maîtres (Watteau, Rubens, Véronèse, Fragonard...) et un travail de copie de ses propres oeuvres de la première période métaphysique des années 1910. Ni virtuoses ni animées d'un souffle nouveau, les oeuvres d'après les maîtres, sans être de véritables copies, ne sont pas non plus des réinterprétations. Les couleurs sont lourdes, presque vulgaires. Seul se distingue un étonnant autoportait nu, qu'on pendrait presque pour un Lucien Freud.
Quant aux copies de ses propres oeuvres - bien moins subtiles au niveau du coloris et de la touche que les originaux - s'agit-il d'un délire égocentrique ou au contraire d'un certain désespoir, comme si s'exprimait dans la redite le regret et la frustration de n'avoir jamais pu faire mieux?

En effet, les peintures métaphysiques sont des coups de poing visuels. C'est là la véritable invention de la peinture de Chirico: une peinture forte, graphique, silencieuse et inquiétante. Pressentiment du fascisme, questionnement sur l'être et son devenir, sur l'histoire et son inéluctabilité. C'est donc, selon moi, pour cette première partie qu'il faut se rendre au Musée d'Art Moderne de la ville de Paris.

Du 13 février au 24 mai 2009.
Cliquer ici pour le site de l'expo.

Illustrations:
[1] Les Epoux, 1926, Musée de Grenoble
[2] Mélancolie, 1912 , Londra, Estorick Collection
[3] Archéologie, 1927
[4] Bains mystérieux II, Collection Particulière, Courtesie Gallery dello Scudo, Verone

dimanche 14 décembre 2008

De Mirò à Warhol: La Collection BERARDO à Paris

D'habitude je boycotte les expositions du Musée du Luxembourg. La dernière que j'étais allée voir était La Collection Philipps il y a plus de deux ans. Les organisateurs semblent d'ailleurs privilégier deux thèmes pour leurs expositions dans les galeries du Sénat: la présentation de collections privées (les collections du Dr Rau, Philipps, Berardo etc) et les monographies de très grands artistes (Raphaël, Véronèse, Titien, Arcimboldo, Vlaminck). Mais voilà, au Luxembourg, ce sont toujours les mêmes problèmes: l'entrée coûte excessivement cher (le tarif étudiant est à 10€), les expositions sont très petites (il y a 5 salles, et c'est toujours le même parcours), les cartels sont minimalistes et les textes aux murs ne font qu'évoquer en 4 lignes ce dont il est question dans la salle où l'on pénètre.

J'avais décidé de ne plus jamais aller à ce genre d'exposition mais voilà, j'ai reçu une invitation pour visite avec conférencier, petit déjeuner etc, je ne pouvais raisonnablement pas refuser. De plus, je préfère la présentation de collections privées aux monographies tapageuses et souvent ratées. Je trouve intéressant de connaître et comprendre, "en plus" des oeuvres, ceux qui les ont acquises. Les expositions Rau, Philipps ou Vollard (au musée d'Orsay en 2008), que j'avais toutes trois appréciées, sont de celles qui permettent de découvrir la personnalité d'un amateur d'art, ses inclinations, l'histoire de sa collection et sa place dans l'histoire plus générale du goût, du collectionnisme et/ou du mécénat.

La collection Berardo est celle d'un homme d'affaire portugais qui, né en 1944, a fait fortune en Afrique du Sud en exploitant des domaines phares au XXe siècle: l'or, le commerce du vin, la banque et les télécommunications. Amateur d'art mais se jugeant lui-même trop peu habile à l'acquisition des oeuvres, il chargea plusieurs personnes au cours des années 1990 de lui constituer une très riche collection d'art moderne et contemporain (plus de 800 oeuvres).
L'exposition du Luxembourg, orchestrée par André Cariou (conservateur au Musée des Beaux Arts de Quimper) propose un échantillon - et par conséquent une vision très subjective - de cette collection à travers environ 80 oeuvres. Vision d'autant plus subjective qu'elle bannit quasiment l'art contemporain et se concentre sur la période moderne. Le fait que le public du Luxembourg soit en très grande majorité constitué de personnes âgées aisées et plutôt traditionnalistes n'y est certainement pas pour rien.
De très belle qualité, les œuvres exposées permettent, selon l'accrochage, d'illustrer avec pertinence quelques grands mouvements de l'histoire de l'art du XXe siècle. La part belle est faite au Surréalisme (Magritte, Masson, Dalì, Mirò, Arp), au Pop Art & Nouveau Réalisme (Warhol, Tingely, Mimmo Rotella, Klein, Villeglé), aux abstraits lyriques (Joan Mitchell, Riopelle, Helena Vieira Da Silva) ainsi qu'aux abstraits géométriques (Hélion, Mondrian, le Bauhaus et De Stijl).
D'un point de vue esthétique l'exposition est assez réussie, la qualité des œuvres est au rendez-vous et il est assez fascinant d'imaginer la très récente constitution de cet ensemble qui a moins de dix ans. Cependant une impression très froide se dégage de ce regroupement. Il est vrai que les surréalistes et les abstraits géométriques privilégient rarement les couleurs chaudes, mais il est frappant de constater que la quasi totalité des oeuvres présentées est dans les tons bleu, vert et gris (un immense Warhol bleu, un IKB, un Joan Mitchell bleu, un Hélion très froid, un Pollock "chamaniste" bleu également...).
D'un point de vue muséographique et pédagogique c'est la déception habituelle.

Une exposition très chère, très courte, sans explication, très subjective par rapport à la collection qu'elle souhaite représenter. Comme me disait une petite grand-mère très charmante à l'accent toulousain: "Vous savez, moi je suis venue pour les peintures!" Encore faut-il avoir les moyens...

Photographies:
[1] Tom Wesselmann Great American Nude #52, 1963 © Adagp Paris 2008
[2] Andy Warhol Ten-foot Flowers, 1967 © Adagp Paris 2008
[3] René Magritte Le Gouffre argenté, 1926 © Adagp Paris 2008

Jusqu'au 22 février 2009.
Lien: http://www.museeduluxembourg.fr/

jeudi 27 novembre 2008

Jacques Villeglé - La comédie Urbaine

Quand j'étais au lycée, ou même en premier cycle, le Nouveau Réalisme était abordé en cours un peu différemment des autres mouvements. Non seulement on parlait autant du contexte social et politique que des oeuvres, mais on ne montrait rarement plus d'une oeuvre ou deux par artiste. Comme si le mouvement était l'artiste et l'artiste, une oeuvre (si vous suivez...)

Mouvement français contestataire des années 1960, fortement marqué politiquement et socialement, le Nouveau Réalisme incarne le refus de la société de consommation venue des États-Unis. L'omniprésence de l'image, la publicité, les couleurs fraîches et clinquantes, les objets neufs et modernes (appareils électro-ménagers, voitures etc) sont matériellement et/ou symboliquement détruits par les artistes qui signent en 1960 le Manifeste de Pierre Restany. Les premiers signataires, en mai 1960 à Milan, Arman, François Dufrêne, Raymond Hains, Yves Klein, Jean Tinguely et Jacques Villeglé, sont rejoints jusqu'en 1963 par Martial Raysse, Daniel Spoerri, César, Mimmo Rotella, Niki de Saint-Phalle, Gérard Deschamps et Christo.
Ainsi, Jacques Villeglé fait partie du mouvement dès sa création et sa production correspond parfaitement aux revendications anti-consuméristes évoquées ci-dessus. Ami avec Raymond Hains depuis 1945, il arrache des affiches dans les rues de Paris à partir 1949. Il se revendique "flâneur", retouche rarement les affiches qu'il lascère et décolle des murs parisiens avant de les maroufler sur toile, et ne donne jamais pour titre autre chose que le nom de la rue et la date du décollage. Il détruit ainsi l'image lisse de la publicité, l'envie de la consommation. Se créent des jeux de matière, de superposition de couches, de typographie. Les mots et les images se rencontrent, s'opposent, donnent naissance à des chocs esthétiques, sémantiques etc.
L'exposition rétrospective de Beaubourg Jacques Villeglé - La comédie Urbaine nous présente en 9 salles le parcours de Villeglé. Plutôt bien réalisée, l'exposition suit un plan chronologique tout à fait bien venu puisqu'il s'agit d'une stricte monographie. Le découpage est clair, les murs colorés... Mais cela n'a malheureusement pas réussi à me convaincre de l'intérêt de l'art de Jacques Villeglé. Si j'apprécie, esthétiquement et contextuellement, ses palimpsestes colorés et modernes des années 1960, j'ai été très déçue d'apprendre qu'il n'avait jamais rien fait d'autre, si ce n'est un alphabet - tantôt socio-politique tantôt onomastique - à la typographie amusante mais peu révolutionnaire. L'artiste, aujourd'hui âge de 82 ans, semble avoir trouvé avec les publicités arrachées le "bon filon" et certainement les mécènes/ collectionneurs qui vont avec, et il n'en est jamais sorti. Celui qui se revendiquait contestataire en 1960 apparaît en 2008 un artiste peu imaginatif, routinier et systématique.

Si l'approche très réductrice qu'on fait des artistes nouveaux réalistes dans l'enseignement de l'Art du XXe siècle ne se justifie pas toujours (les carrières de Klein, Niki de Saint-Phalle ou César ne peuvent être comprises à travers une seule oeuvre) elle semble malheureusement explicable pour la carrière de Villeglé. Une fois qu'on a vu cinq, dix, quinze affiches, on a compris le système. L'artiste se confond ici avec l'oeuvre, elle est sa signature, sa marque de fabrique. Pourquoi pas. Mais peut-être pas pendant toute une vie?

http://www.cnac-gp.fr/Pompidou/Manifs.nsf/0/2DDA4F5D0DA91260C125748F0051CABF?OpenDocument

Photo:
[1] Rues Desprez et Vercingétorix - "La Femme", 1966
[2] Alphabet onomastique, 2006 , Sérigraphie sur Conquéror Vergé
[3] Place des fêtes 3 juillet 1972 Affiches lacérées marouflées sur toile

dimanche 23 novembre 2008

Le Futurisme embrouillé

Je ne prends jamais un très grand plaisir à parler des expositions que je n'ai pas aimées. Cet après-midi je suis allée visiter "Le Futurisme à Paris: une avant garde explosive", au Centre Georges Pompidou. Depuis que je suis sortie du musée j'essaie de mettre au clair mes idées pour écrire quelques lignes sur ce blog, et je me rends compte qu'il est assez difficile de clarifier sa pensée pour expliquer quelque chose qui ne l'est pas... ("ce qui se conçoit bien s'énonce clairement et les mots pour le dire viennent aisément"!)

Le titre, la problématique, la muséographie, les textes explicatifs... rien n'est clair dans cette exposition.

Dès l'entrée, le petit feuillet explicatif nous indique que nous avons à faire à "neuf expositions en une". Ainsi, l'exposition s'organise en 9 salles non communicantes entre elles mais ouvertes chacune sur un espace qui entoure la salle centrale, lieu de la reconstitution de l'exposition Futuriste à Paris en 1912. Les huit salles satellites sont dévolues à des mouvements "relevant du cubofuturisme" (à l'exception de l'installation contemporaine de Jeff Mills).
Première déception (et erreur des commissaires) on entre par une salle consacrée au "cubisme vu par les Futuristes". Quand on n'a pas encore pris contact avec le mouvement, ses artistes, son manifeste ni ses oeuvres, difficile de comprendre son positionnement par rapport au cubisme dont il emprunte les formes (l'éclatement en facettes de l'objet représenté) mais conteste les sujets (jugés trop académiques).
Suit une salle consacrée au célèbre Manifeste de Marinetti, publié en février 1909 dans le Figaro. La salle présente uniquement des manuscrits et imprimés, sans lier le Manifeste aux oeuvres ni aux artistes.
La troisième salle est consacrée à l'installation contemporaine de Jeff Mills. Outre mon exaspération pour la mode des installations contemporaines dans les expositions (Kiefer à Orsay pour Lovis Corinth, Jan Fabre au Louvre, Jeff Koons à Versailles etc.), j'ai du mal à comprendre l'intérêt de cette installation vidéo et surtout sa place dans l'exposition. On n'a, je le rappelle, pas encore vu une oeuvre futuriste.
La quatrième salle est donc celle de la reconstitution. C'est sans conteste l'une des plus intéressantes, elle recèle les incroyables "États d'âmes" de Boccioni mais on reste sur sa faim quant aux commentaires! Jamais on ne nous explique ce qu'est une OEUVRE futuriste. Sa touche, sa couleur, sa forme, sa lumière, son sujet, ses recherches formelles. Il aurait été intéressant, sinon fondamental, de rappeler que c'est l'amour pour la vitesse, et donc la représentation décomposée de la forme en mouvement qui est au coeur de la recherche futuriste. Ce qui n'empêche pas les artistes d'emprunter formellement au Symbolisme, au Cubisme, à l'expressionnisme allemand des Die Brücke...
Les salles "satellites" qui suivent présentent toutes le même défaut d'imprécision et de confusion. On ne comprend pas vraiment POURQUOI et EN QUOI le Futurisme se rapproche ou se démarque de la Section d'Or, du Cubofuturisme Russe, du Vorticisme anglo saxon (d'ailleurs à ce moment là, je n'ai plus compris pourquoi le titre était "le Futurisme A PARIS") ou de l'Orphisme. Les mouvements sont mal définis, le choix des oeuvres jamais justifié, les oeuvres futuristes se mélangent aux autres, on ne les distingue plus... Bref, on est vite perdu.

Tout ça fait une exposition "brouillon" au cours de laquelle on n'apprend pas grand chose sur le Futurisme en lui-même. On comprend néanmoins, en regardant les oeuvres, qu'il s'agit d'un mouvement phare de l'avant-garde européenne des années 1910-1915, au cours de laquelle tous les artistes partagent, malgré les différents noms des groupes dont ils font partie, les mêmes préoccupations formelles. L'éclatement de la forme, la décomposition du mouvement, la diffraction de la lumière, la mécanique du corps humain... sont autant de questions qui se posent quand est déclaré vain le mimétisme de la nature.

Pour ne pas finir sur une note totalement négative, une trouvaille amusante et intelligente de l'exposition est l'impression des citations que l'on trouve habituellement sur les murs sur des petits papiers colorés, des petits présentoirs "servez-vous" jalonnent ainsi le parcours.
Autre note positive: certaines oeuvres sont superbes, c'est toujours agréable de voir les magnifiques "États d'âme" de Boccioni, "L'équipe de Cardiff" de Delaunay, "La prose du Transsibérien" de Sonia Delaunay, un "Nu Descendant l'Escalier" de Duchamp, "La noce" de Léger, une série de Kupka... des incontournables du XXe siècle!

Photo:[1] Luigi RUSSOLO: La révolte (1911) [Paris, MNAM]
[2] Giacomo BALLA : Petite fille courant sur un balcon (1912) [ Milan, Gallerie d'art moderne]
[3] Umberto BOCCIONI: Le rire (1911) [New York, MoMA]
[4] g. à d. : L. Russolo, C. Carra, F.T. Marinetti,U. Boccioni, G. Severini à Paris en février 1912 à l’occasion de l’exposition « Les Peintres futuristes italiens » [Paris, galerie Bernheim-Jeune & Cie]

lien: http://www.cnac-gp.fr/Pompidou/Manifs.nsf/0/8A7DB015D6F71FF3C12574C0005075B1?OpenDocument&sessionM=2.1.2&L=1

mercredi 25 juin 2008

Tichy et Rouault : deux petites expositions du MNAM

Deux petites expositions incluses dans le parcours des collections sont présentées depuis quelques jours au Musée National d’Art Moderne – Centre Georges Pompidou : une rétrospective Miroslav Tichy (jusqu’au 22 septembre 2008), et un Hommage à Georges Rouault (1871-1958) L’effervescence des débuts (jusqu’au 13 octobre 2008). Simple et intéressant, à voir au cours de sa visite du MNAM.

Âgé de plus de 80 ans, Miroslva Tichy est un photographe tchèque né en Moravie en 1926. Totalement inconnu jusqu’en 1989 son travail n’est présenté dans le milieu muséal que depuis 2004 (avec la biennale de Séville). La rétrospective du MNAM est la première présentation des œuvres de l’artiste en France et regroupe une centaine de photographies.

Très simplement accrochée, l’exposition présente les photographies sans autre commentaire que des citations de l’artiste et un petit film.
« Pour moi la femme est un motif. La silhouette (debout, inclinée, assise), le mouvement (la marche) rien d’autre ne m’intéresse. L’érotisme n’est qu’un rêve, de toute façon. »
Le principal sujet de l’œuvre de Tichy est en effet la femme — si l’on excepte de rares paysages. Sensuelles et évanescentes, ses figures féminines anonymes et souvent floues ressemblent à des apparitions. Les photographies, prises parfois sans que Tichy ne regarde dans le viseur, sont développées par l’artiste de façon rudimentaire, ce qui l’amène à jouer ensuite avec les surexpositions, les erreurs de cadrage, les tâches ou les déchirures de ses images. Il les retouche enfin avec un trait ou deux de crayon avant de les monter sur de simples matériaux de récupération (journal, carton etc).

L’Hommage à Georges Rouault (à l’occasion du 50e anniversaire de sa mort), sous-titré l’effervescence des débuts invite à (re)découvrir les débuts du peintre, les années 1892-1915 environ. Ami des fauves Henri Matisse et Albert Marquet, dont il partage dans sa peinture la vigueur — voire la violence — des coups de pinceaux, Georges Rouault se singularise par sa couleur, le bleu. Souvent cernée d’un trait noir incisif, tantôt diluée tantôt fortement empâtée, toujours incertaine, comme « salie », sa couleur est à la fois mystique, onirique et violente. Si elle n’est pas sans rappeler les tons de Picasso dans sa « période bleue » (1901-1904), elle est utilisée pour des sujets aussi divers que des paysages animés (le Jardin de Versailles), des scènes de cirque, des moissonneurs ou encore des nus féminins. La variété des sujets va de pair avec une grande diversité du style, de la touche et de la ligne. Rappelant tour à tour Picasso (et les saltimbanques de sa période rose, 1904-1907), Matisse ou Braque dans ses nus à la géométrie légèrement cubiste ou aux lignes courbes, ou le primitivisme de Larionov et Goncharova dans le style et le thème des moissonneurs, Rouault apparaît dans ses premières années au cœur de l’effervescence des avant-gardes. Si son style semble encore mouvant, sa couleur crée l’unité et affirme son originalité.